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Retour d’expérience sur l’enseignement musical en ligne chez Coursera

le 20 juin 2013 Par Alexis

Cet article un peu particulier dresse le bilan de 5 semaines de cours en ligne proposées par le site coursera.org. J’y ai suivi un cours d’introduction à l’improvisation et je tenais à vous faire part de mon expérience avec ce type d’enseignement en ligne devenu très populaire. Je précise que ce retour est une initiative totalement personnelle.

Coursera est un site qui rassemble de très nombreux MOOC (Massive Open Online Course), c’est à dire des cours en ligne gratuits et accessibles à tous pour une durée déterminée, parfois issus du programme d’universités prestigieuses comme Standford ou Brown. Les disciplines abordées sont extrêmement variées, de la littérature à la programmation informatique en passant par l’histoire de l’art. Le volume horaire varie beaucoup d’un cours à l’autre, mais les sessions s’étendent généralement entre 4 et 8 semaines.

Le programme musical n’est pas en reste car Coursera possède un partenariat avec le fameux Berklee College Of Music qui propose, à l’heure où j’écris ces lignes, pas moins de 4 cours.

MOOC coursera : programme de Berklee

Ces modules sont en fait des versions « édulcorées » du cursus de Berklee et constituent un bon moyen pour les étudiants de se faire un idée des thématiques abordées dans le programme complet, et ce à moindre frais. C’est également une vitrine promotionnelle intelligente pour l’établissement qui ne fait évidemment pas ça par charité. L’idée est d’inciter les étudiants à franchir le pas et à s’inscrire dans leurs formations payantes à distance.

Je me suis donc inscrit dans le cours Introduction to Improvisation pour une durée de 5 semaines, avec pas moins de 30.000 (!) autres étudiants, selon le staff de Coursera. Avant de commencer, un petit descriptif nous informe que le temps à consacrer à ce cours est de 6-8 heures par semaine et qu’un niveau de pratique intermédiaire est requis (connaissance de certains types d’accords, petite expérience de sight-reading, expérience d’impro sur une grille blues,…), mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Vient alors le jour du premier cours et la découverte de l’interface du site. Plusieurs onglets détaillent le contenu : bulletin d’information, structure du programme pour chaque semaine, cours à proprement parlé, barème de notation, quiz, espace de soumission des « devoirs », accès aux forums, section d’aide… D’un premier abord, l’ensemble est plutôt clair. On regrette néanmoins l’absence d’un petit tuto vidéo de prise en main.

Après quelques minutes de navigation, on commence à saisir la structure du cours. Chaque semaine, une série de courtes vidéos en anglais est postée (entre 5 et 10). Les vidéos peuvent être téléchargées avec leur transcription textuelle ou visionnées sur le site. Parfois, des documents pdf peuvent aussi être récupérés. Des QCM simples sur ce qui vient d’être dit émaillent lesdites vidéos.

Gary Burton : intervenant

A la fin de chaque série, un « assignment » est demandé à l’étudiant. Pour ce cours, il s’agit de soumettre des enregistrements sur Soundcloud et/ou de compléter des pdf. L’étudiant a une semaine et demie pour soumettre son travail qui sera évalué par 5 autres étudiants puis auto-évalué. Dans le même temps, il doit évaluer le travail de 5 autres personnes, sous peine de pénalités. A la fin des 5 semaines une moyenne est faite (30% de la note correspond aux quiz, 70% aux évaluations par les peers, la note de la semaine la plus basse n’étant pas retenue). Pour obtenir un certificat de réussite, il faut faire un score de 70% ou plus.

La première semaine permet de présenter le plan du cours qui s’avère être complètement orienté Jazz (ce qui est précisé en filigrane dans le descriptif, mais pas clairement énoncé). Introduction to Jazz Improvisation aurait été un intitulé bien plus pertinent et aurait évité certaines désillusions pour les musiciens souhaitant faire leurs premiers pas dans cette vaste discipline qu’est l’improvisation. J’y reviendrais plus bas.

L’intervenant, Gary Burton, est responsable du département percussion et improvisation à Berklee mais c’est surtout un vibraphoniste de renom ayant joué avec Pat Metheny, Chick Corea ou encore Keith Jarrett, ainsi qu’avec son propre quartet : le Gary Burton Quartet. Très bon pédagogue et musicien professionnel accompli, c’est un vrai plaisir de suivre ses vidéos. Les 5 semaines se structurent autour de 5 concepts : L’improvisation comme langage, le vocabulaire de l’improvisateur, le choix d’une gamme en temps réel, l’harmonie et enfin les variations autour d’un thème.

Pour les curieux, voici un document pédagogique (pdf) un peu plus fourni que le contenu du cours si vous voulez vous faire une idée de l’approche de Gary Burton quant à l’improvisation jazz.

Gary Burton : introduction to improvisation

Ces concepts, aussi passionnants soient-ils, sont discutés très rapidement et le niveau théorique exige des bases solides. Je pense que pour profiter pleinement du cours, connaitre les accords courants du jazz (maj7, min7, 7, min7(b5)), savoir ce qu’est une cadence, savoir ce qu’est un mode et pouvoir déchiffrer (même lentement) un thème sur une partition sont des impératifs. Beaucoup de gens ont exprimés leur frustration sur le forum quant au niveau plutôt élevé au regard de l’intitulé du cours. En effet, les supports de travail sont des leadsheets de standards jazz. Point de tablature, nous ne sommes pas qu’entre guitaristes ! De nombreux pianistes, trompettistes, saxophonistes et même chanteurs suivent le cours. Des bases de solfège sont vraiment indispensables.

Les assignment à soumettre sont tous construits sur le même principe. Une partition (grille + thème) est fournie avec un backing track de très bonne qualité. L’étudiant doit jouer le thème durant une grille puis improviser le reste du morceau. Dans l’idéal, il doit s’efforcer de souligner dans son improvisation les notions vues les semaines passées (développement du thème, guide tone lines, choix pertinent de notes/gammes, modulation…). Pour vous donner une idée, voici un de mes enregistrements :

Alors bien sûr, l’évaluation peut être très aléatoire au vu de la diversité des niveaux de pratique. Il n’y a (pour l’instant) pas de regroupements par niveaux et un débutant peut avoir à évaluer un professionnel, et vice versa. Dans ces conditions, quel crédit accorder au score final ? Comment évaluer de manière objective ses progrès au fil des semaines ? Ce sont en général les principaux reprochent fait aux MOOC. L’évaluation finale, bonne ou mauvaise, ne signifie pas grand chose. L’intérêt est ce que l’on en retire à titre personnel, en digérant les critiques constructives sans se laisser démonter par le bashing gratuit de certains membres anonymes (peu nombreux).

Par contre, la qualité et le dynamisme des contributions sur le forum contrebalance cet aspect négatif. Les conseils et les interventions des participants sont souvent respectueuses, détaillées et bien documentées. Les membres sont également très prompts à repérer les coquilles et les problèmes techniques du site. De nombreux groupes de travail par instrument ou par langue se sont spontanément créés. Des dizaines de personnes ont tellement apprécié le format qu’elles ont décidé de continuer à analyser des standards à la manière du cours, au rythme d’un toutes les 2 semaines.

En parallèle des enregistrements audio, il est demandé de compléter des documents pdf, en repérant par exemple les chord scales que l’on pourrait utiliser sur chaque accord, une pratique courante quand on aborde une grille pour la première fois. Les corrigés sont fournis et l’évaluation est du coup beaucoup plus objective.

exercice type Coursera

A titre personnel, je pense que ce cours m’a été plus que bénéfique. En tant que guitariste blues/rock appréciant les sonorités jazz dans une impro (Je VEUX arriver à jouer comme Robben Ford !), les notions abordées trouvent une application directe dans mon jeu. Le fait d’être « en immersion » dans l’étude du jazz, avec un cadre de travail dynamique et exigeant, m’a presque réconcilié avec ce style.

Aujourd’hui, j’ai l’envie d’approfondir mes connaissances théoriques (je potasse en ce moment le fameux Jazz Theory Book de Levine) et de poursuivre l’étude de standards pour ne plus être complétement largué en jam-session si on me demande d’ouvrir mon Real Book à la page 225.

En plus, j’arrive presque à écouter Kind of Blue en entier. Donc merci Coursera, et surtout merci Gary !

certificate coursera

Un beau certificat, c’est maman qui va être contente

En conclusion

Les plus :

  • La qualité du contenu et de l’intervenant
  • L’exigence des assignments qui donnent envie de se surpasser
  • Le dynamisme, l’état d’esprit et la pertinence du forum
  • la réactivité du staff pour corriger les erreurs sur les partitions et les problèmes techniques
  • Le choix des supports de travail et la qualité des backing tracks

Les moins :

  • Le niveau élevé en décalage avec l’intitulé du cours
  • L’évaluation par les autres étudiants, souvent aléatoire
  • L’impossibilité de communiquer avec les gens qui vous ont évalué
  • English only, mais vous avez les transcriptions texte de toutes les vidéos.

A noter, 2 sessions Berklee à venir à partir du 19 juillet 2013 : Introduction To Music Production et Songwriting. Ne les ratez pas, ça promet d’être passionnant.

Pour s’inscrire , c’est par ici.

Have fun !

A propos de l'auteur : Alexis

A propos de l’auteur : Alexis

Créateur et administrateur de Guitar School Garden. Sur Twitter : @guitarschgarden et @twablatures.

5 commentaires

  • Shahor dit :

    Content que tu y aies trouvé ton compte.

    Comme je te le disais sur twitter, avec mon niveau théorique c’était très difficile dès le départ de s’y retrouver. C’est dommage (comme tu l’expliques dans ton article) car l’intitulé du cours était très trompeur, d’où ma déception.

    À côté de ça, la plateforme et les cours valent vraiment le coup !

  • Dystopia dit :

    Merci pour cet article 😉
    Je ne connaissais pas le concept, mais ça à l’air de bien me plaire, je vais voir si il a y des cursus qui peuvent me plaire.
    Encore merci pour cette découverte !

  • Alexis dit :

    @Shahor : on est d’accord sur l’intitulé du cours. Tu vas faire les modules songwriting et/ou MAO ?

    @Dystopia : Tu devrais avoir le choix, il y a énormément de disciplines proposées. Après il faut le timing soit OK, certains cours sont déjà passés et d’autres ne commencent que dans quelques mois

  • Sylvain dit :

    Salut Alexis,
    j’ai déjà eu une expérience avec le site coursera par le passé dans un autre domaine (programmation informatique, mon métier). J’ai reçu des suggestions d’autres cours en ligne il y a quelques temps et il se trouve que j’ai moi aussi pris part à ce cours d’improvisation.
    Je me suis lancé car j’aime beaucoup cette discipline. 5 semaines c’était ni trop long ni trop court. Mon background en théorie musicale n’est pas le plus étoffé, mais je m’y connais un peu niveau solfège, notamment les modes que je maîtrise bien depuis que j’ai découvert ton site. Cependant, lire une partition, c’est un long processus pour moi mais pas impossible.
    Première surprise, comme tu l’as dit, c’est du Jazz. J’aime beaucoup, mais à mon sens c’est l’un des styles les plus durs à appréhender, du moins d’un point de vue théorique. Mes impros étaient toutes basées sur une suite de 4 accords max. Donc j’ai un peu galéré de ce point de vue. Il m’a fallu lire la musique sur papier aussi, et j’ai eu beaucoup de mal.
    Au final j’ai abandonné au bout de la 3ème semaine car le plaisir n’était plus là. C’est certainement l’aspect trop jazz théorique qui m’a rebuté. Ceci dit je vais quand finir de regarder les vidéos car elles étaient quand même très intéressantes.
    Ca m’a quand même donner envie d’approfondir quelques connaissances musicales sur le jazz.

    Sylvain

  • Alexis dit :

    Après avoir écumé quelques forums et approfondi les concepts présentés ici avec quelques lectures théoriques, le style d’impro abordé dans le cours de Burton se rapproche grandement de la Chord Scale Theory (CST pour les intimes), où (pour faire très simple) chaque accord est vu comme un centre tonal qui appelle une gamme ou un mode bien particulier. C’est une école qui a ses partisans mais aussi ses détracteurs qui reprochent notamment à cette méthode un manque de cohérence dans le discours musical, l’improvisateur ne faisant pas forcément de lien mélodique solide entre les différents accords. L’importance des cadences ou encore des « common tones » est légèrement mis en retrait avec cette approche CST. Voilà c’était juste ma petite remarque d’après coup.

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