improvisation

Approcher les gammes par leur sonorité

le 10 juin 2012 Par Alexis

Ah les gammes. Vaste sujet ! Elles sont parfois vécues comme un traumatisme, la faute peut être à certains ouvrages qui privilégient l’apprentissage scolaire de schémas ou de positions plutôt que l’approche auditive, plus difficile à appréhender cependant. En effet, il faut du temps pour « fixer » une gamme à son oreille.

C’est justement ce travail de ressenti de la sonorité d’une gamme que j’effectue en ce moment et qui m’a amené à écrire cet article. Ce qui marche plutôt bien pour moi (et peut être aussi pour vous !), c’est de jouer une gamme d’une octave sur une seule corde en l’accompagnant d’un bourdon créé par la corde à vide juste au dessous. Je m’explique, si je veux vraiment entendre ma gamme majeure, je vais choisir une tonalité, disons La majeur, puis jouer les 7 notes de cette gamme uniquement sur la corde de Ré en faisant résonner en permanence la corde de La à vide. Ainsi, je peux plus facilement m’imprégner des différent intervalles qui composent cette gamme car la fondamentale est présente en permanence. Une fois que j’ai mémorisé le doigté, je peux m’amuser à « jammer » lentement et en son clair avec ces notes en gardant un bourdon constant. Ce petit truc m’a beaucoup aidé pour bien saisir la sonorité des modes quand j’ai découvert cette notion .

L’idée de ce billet est donc de vous présenter une dizaine de gammes de la façon décrite ci-dessus. J’ai préféré privilégier celles dont je n’avais pas encore parlé sur le blog et celles que je ne connaissais pas et qui ont piquées ma curiosité. Par commodité, toutes les gammes présentées ici sont en La mais vous pouvez bien sûr les jouer dans n’importe quelle autre tonalité en utilisant d’autres cordes à vide ou en désaccordant celle qui vous servira de bourdon. Assez parlé, au boulot !

La gamme majeure

On commence avec la base évidemment. S’il y a une gamme à retenir, c’est celle-ci. La structure est la suivante : 1 2 3 4 5 6 7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce majeure, quarte juste, quinte juste, sixte majeure et septième majeure.

la gamme majeure

La gamme majeure :
la gamme majeure

Il est intéressant de remarquer que la somme de tous les intervalles des gammes présentées ici sera toujours égale à 12 demi-tons (6 tons, soit une octave). C’est simplement l’agencement des demi-tons dans une octave qui va différencier les gammes les unes des autres.

La gamme mineure naturelle (ou mode aéolien)

Très utilisée, la gamme mineure naturelle est relative à la gamme majeure. Sa composition est la suivante : 1 2 b3 4 5 b6 b7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce mineure, quarte juste, quinte juste, sixte mineure et septième mineure.

la gamme mineure naturelle

La gamme mineure naturelle :
la gamme mineure naturelle

La gamme mineure mélodique (ou jazz minor)

Cette gamme mineure souvent utilisée dans le jazz se distingue de la mineure naturelle par sa septième et sa sixte majeure. Sa composition est la suivante : 1 2 b3 4 5 6 7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce mineure, quarte juste, quinte juste, sixte majeure et septième majeure.

la gamme mineure mélodique

La gamme mineure mélodique :
la gamme mineure mélodique

Le mode lydien b7 (aussi appelé mode lydien dominant, gamme de Bartók ou overtone/acoustic scale)

Cette gamme est le 4ème mode de la gamme mineure mélodique. Il est parfois utilisé en jazz sur des accords de septième qui ne résolvent pas sur le premier degré. Sa composition est la suivante : 1 2 3 #4 5 6 b7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce majeure, quarte augmentée, quinte juste, sixte majeure et septième mineure.

le mode lydien b7

Le mode lydien b7 :
le mode lydien b7

Le mode locrien #2 (aussi appelé aéolien b5)

Ce mode mineure est le 6ème mode issu de la gamme mineure mélodique. Sa composition est la suivante : 1 2 b3 4 b5 b6 b7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce mineure, quarte juste, quinte diminuée, sixte mineure et septième mineure.

le mode locrien #2

Le mode locrien #2 :
le mode locrien #2

La gamme diminuée

Contrairement aux autres gammes présentées jusqu’à présent, cette gamme est une gamme octatonique, c’est à dire qu’elle comprend 8 notes. Elle est structurée de manière symétrique par une succession de tons et de demi-tons. On parle de gamme diminuée car on retrouve 2 accords de septième diminuée imbriqués dans la suite de notes. Sa composition est la suivante : 1 2 b3 4 b5 b6 6 7.

la gamme diminuée

La gamme diminuée :
la gamme diminuée

La gamme ton par ton (ou gamme par tons)

Cette gamme hexatonique (à 6 notes donc) est aussi une gamme symétrique où chaque degré est distant d’un ton. Cette symétrie parfaite entraine une sonorité indistincte où la fondamentale ne ressort pas clairement. Sa composition est la suivante : 1 2 3 #4 #5 #6.

la gamme par ton

La gamme ton par ton :
la gamme par ton

La gamme byzantine (aussi appelée gamme gypsy ou double harmonique)

Cette gamme majeure, proche du mode phrygien dominant , possède une sonorité définitivement orientale. On peut remarquer la symétrie autour de sa note centrale sur le diagramme d’intervalles ci-dessous, ceci expliquant le nom de « double harmonique ». Sa composition est la suivante : 1 b2 3 4 5 b6 7 soit fondamentale, seconde mineure, tierce majeure, quarte juste, quinte juste, sixte mineure et septième majeure.

la gamme byzantine

La gamme byzantine :
La gamme byzantine

La gamme roumaine mineure (ou romanian minor)

Un bel exemple de sonorité d’Europe de l’est. Cette gamme est très proche du mode dorien, à la différence de la quarte qui est augmentée. Sa composition est la suivante : 1 2 b3 #4 5 6 b7 soit fondamentale, seconde majeure, tierce mineure, quarte augmentée, quinte juste, sixte majeure et septième mineure.

la gamme roumaine mineure

La gamme roumaine mineure :
la gamme roumaine mineure

La gamme pentatonique majeure

Les gammes pentatoniques peuvent parfaitement être jouées sur une seule corde suivant le principe de cet article. Voici la composition de la pentatonique majeure : 1 2 3 5 6 soit fondamentale, seconde majeure, tierce majeure, quinte juste et sixte majeure.

la gamme pentatonique majeure

La gamme pentatonique majeure :
la gamme pentatonique majeure

La game japonaise Insen

Cette gamme est aussi une gamme pentatonique (à 5 notes donc) mais qui ne possède aucune tierce. La sonorité est résolument « japanisante », faute d’un meilleur terme. La composition est la suivante : 1 b2 4 5 b7 soit fondamentale, seconde mineure, quarte juste, quinte juste et septième mineure. Notez la présence d’un intervalle de 2 tons entre la seconde et la quarte.

La gamme japonaise insen

La gamme japonaise Insen :
La gamme japonaise Insen

La gamme japonaise Hirajoshi

Pour finir, encore une gamme pentatonique japonaise qui se distingue de la précédente par sa sixte mineure et sa tierce mineure. La composition est la suivante : 1 2 b3 5 b6 soit fondamentale, seconde, tierce mineure, quinte juste et sixte mineure.

la gamme japonaise hirajoshi

La gamme japonaise Hirajoshi :
la gamme japonaise hirajoshi

Il reste bien évidemment de nombreuses gammes et modes à découvrir. En tout cas, n’hésitez pas à appliquer ce principe dès que vous en rencontrez une nouvelle, c’est ce que je fait très souvent pour m’imprégner de sa « couleur » principale.

Pour conclure, je vous conseille ces 2 liens qui détaillent la structure de nombreuses gammes/modes : freakguitar.com/scales et jazzguitar.be/jazzguitar_lessons .

Bonne lecture et have fun !

A propos de l'auteur : Alexis

A propos de l’auteur : Alexis

Créateur et administrateur de Guitar School Garden. Sur Twitter : @guitarschgarden et @twablatures.

6 commentaires

  • Djoé dit :

    Salut tout le monde,

    Cela fait un bon bout de temps que je cherche un tutoriel sur les clusters. J’aimerais trouver quelque chose là-dessus (tab y compris).

    Quelqu’un peut m’expliquer ce que c’est?

    Merci d’avance.

  • Edouard dit :

    Salut,

    C’est vrai que c’est très important lorsque l’on souhaite apprendre à improviser de connaitre la sonorité des gammes.

    Pour les experts comme Alexis, maîtriser de nombreuses gammes leur permet d’avoir plus d’options lorsqu’ils improvisent.
    Pour les autres, maîtriser les basiques est déjà un grand pas. Vous vous distinguerez de 95% des guitaristes en maîtrisant les gammes majeures et pentatoniques. Elles suffisent au début pour improviser, notamment sur le Rock, le blues, la pop, … Vous serez en revanche limité pour le jazz.

    Un autre excellent point de cet article c’est l’approche des gammes par leur sonorité mais au travers des intervalles. Une fois que vous connaissez la sonorité d’une gamme et ses intervalles, vous la connaissez, il ne reste plus qu’à pratiquer 🙂

    Amusez vous bien avec vos guitares !

  • Martin dit :

    Super cet article sur les gammes !

  • Alexis dit :

    @Djoé : C’est un terme que j’ai déjà entendu mais je ne vois pas trop ce que c’est en fait. C’est 2 notes jouées en même temps non ?

  • Djoé dit :

    Merci de me répondre. En fait, j’ai trouvé quelque chose sur le net…

    Un cluster désigne l’attaque simultanée de plusieurs notes.

    Ainsi, s’il on joue simultanément les notes DO-RE-MI-FA (notes séparées par un intervalle de seconde majeure), nous avons un cluster. De même, si l’on joue les notes suivantes DO-DO#-RE-RE#-MI (notes séparées par un intervalle de seconde mineure), il s’agit également d’un cluster.

    Compte tenu de sa nature et de sa sonorité (« qualité sonore »), l’utilisation de ce type d’accord est plutôt « pointue ». En effet, La nature plutôt dissonante des intervalles le cantonne généralement à des situations musicales particulières. Son utilisation est ainsi fréquente en Jazz modal ou en Fusion mais aussi chez certains compositeurs contemporains comme Pierre Boulez, par exemple.

  • Alexis dit :

    Merci de tes précisions Djoé. Mais quelle est la différence avec un accord alors ? Juste les intervalles entre les notes qui ne dépassent pas la seconde ?

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