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Comment enchaîner les accords lorsqu’on débute à la guitare ?

le 1 mars 2016 Par Alexis

La guitare est un instrument idéal pour celui ou celle qui veut commencer l’apprentissage de la musique. Abordable financièrement, facilement transportable, ça n’est pas un hasard si la six cordes est un des premiers choix dans les écoles de musique avec le piano et le violon. Et ce ne sont pas les diverses ressources pédagogiques qui pullulent sur la toile et ailleurs qui vont freiner cette adhésion massive.

Néanmoins, tout n’est pas rose dans la vie de l’aspirant guitariste. Cordes qui font mal aux doigts, manque de coordination entre main droite et main gauche, ou encore les fameux accords barrés qui ont toujours posés pas mal de difficulté aux débutants.

Un autre problème souvent rencontré est l’enchaînement des accords. Lorsqu’on débute, on trouve facilement des grilles d’accord de morceaux connus que l’on aimerait jouer. Le soucis c’est que ces accords, même si ils sont à priori faciles à jouer, doivent être enchaîner les uns à la suite des autres, en rythme et parfois à un tempo soutenu.

Le but de cet article est donc de vous donner quelques pistes afin d’appréhender ces enchaînements d’accords de façon pragmatique et progressive, avec des exemples concrets et quelques astuces qui vous faciliteront la vie. Si vous n’avez jamais touché une guitare de votre vie, il vaut peut être mieux ne pas commencer par ce billet. Savoir déchiffrer (même doucement) un diagramme d’accord ainsi qu’une tablature est conseillé pour bien comprendre la suite.

Vous êtes toujours avec moi ? Parfait, c’est parti !

1 – les « Chord Shapes » tu utiliseras

Les accords de Phoebe

Si comme moi vous êtes né dans les années 80 vous ne pouvez pas avoir oublié la série Friends. Vous vous souvenez de Phoebe ? Elle cassait gentiment les oreilles de clients du Central Perk mais elle avait une technique infaillible pour se souvenir des accords : elle donnait des noms d’animaux à la forme que faisait sa main quand elle les jouait. Genius !

On peut donc se baser sur cette approche pour travailler l’enchaînement de certains accords. On va utiliser la forme des accords, le positionnement des doigts si vous préférez – ou Chord Shape en anglais. L’idée est de repérer les similitudes dans la forme de deux accords distincts. De cette manière, on pourra s’appuyer sur ces points communs pour visualiser plus facilement l’accord que l’on souhaite atteindre. Un peu comme Phoebe qui visualise la griffe de l’ours quand elle veut jouer un La majeur.

Commençons avec deux accords ouverts (c’est à dire qui utilisent des cordes à vide) : Mi majeur et La mineur. Sur les diagrammes ci-dessous, leur nom est indiqué en notation anglo-saxonne. C’est un standard international qui fait correspondre une lettre à chaque accord. Pas d’inquiétude si vous ne connaissez pas cette écriture, l’important ici est le travail de l’enchaînement.

Découvrons ces deux formes qui sont plus que similaires :

enchaînement accords - shape 2

GIF

Mi majeur vers La mineur

C’est simple Mi Majeur et La mineur ont exactement la même forme ! Le positionnement des doigts (noté sous les diagrammes : 1 = index, 2 = majeur, 3 = annulaire, 4 = petit doigt) est strictement identique.

Il suffit de décaler le chord shape – le groupement de doigts – une corde en dessous ou au dessus pour passer de l’un à l’autre. L’effort mental et physique à fournir s’en trouve grandement réduit.

Vous pouvez visualiser cet enchaînement en cliquant sur le gif animé ci-contre. On voit que les doigts restent groupés et « tiennent la position » même lorsque je passe d’un accord à l’autre. Il faut essayer de leur imprimer la forme d’accord en quelque sorte.

Bien sûr, ça n’est pas toujours si facile. Les accords ne partagent pas systématiquement une forme identique. Il y en a néanmoins pas mal qui possèdent des fragments en commun. Prenons par exemple les deux enchaînements suivants :

enchaînement accords - shape 1

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Do majeur vers Sol majeur

On pourrait qualifier ces 2 transitions de chord shape partiels. En effet, on retrouve deux doigts en commun sur trois pour chaque position. L’annulaire (3) et le majeur (2) entre Do majeur et Sol majeur. Le majeur (2) et l’index (1) entre Ré mineur et La mineur.

Vous avez compris, le but est de s’appuyer sur ces similitudes afin de faciliter l’enchaînement. A la limite on peut commencer par ne déplacer que les shape partiels au début, puis rajouter les autres doigts « mouvants » par la suite.

Pour ceux qui connaissent déjà quelques positions ouvertes, on peut citer d’autres transitions qui suivent la même logique :
C <=> Dm, A <=> Am ou encore G <=> D <=> C.

Ce qui est intéressant c’est qu’avec ces quelques enchaînements on peut déjà commencer à se faire plaisir sur des grilles. Par exemple, le refrain de Tournent les violons de Jean-Jacques Goldman utilise deux transitions vues précédemment : Dm <=> Am <=> E.

exemple enchainement accords shape

D’accord, ce morceau n’est pas ce qu’il y a de plus excitant à jouer. On va essayer de faire plus moderne dans la suite !

2 – Sur les « doigts-pivots » tu te reposeras

Karate Kid Training

Deuxième outil pour travailler les changements d’accords : les doigts-pivots. L’idée est très simple, certains doigts vont rester à la même place lors d’un enchaînement.

On va donc littéralement s’appuyer sur ce ou ces doigt(s) qui nous serviront de repère et ainsi prendre appui sur ce pivot pour déplacer les autres doigts qui eux changent de place.

Le premier exemple présenté ci-dessous est assez simple puisqu’il contient deux doigts-pivots sur les trois qui composent l’accord. La mineur et Do majeur sont des accords cousins en quelque sorte car ils partagent deux notes communes sur les trois que compte l’accord. Ici, l’index (1) et le majeur (2) restent en place, il n’y a que le troisième doigt, l’annulaire (3), qui bouge.

enchaînement accords pivot

GIF

Ré majeur vers Sol majeur

Le second enchaînement est plus délicat. On passe de Ré majeur vers Sol majeur et il n’y a que l’annulaire (3) en pivot. En plus, le doigté de Sol majeur est différent de celui présenté plus haut.

C’est un concept qui déboussole toujours les débutants (et qui m’a d’ailleurs beaucoup dérouté au début) : un accord donné peut avoir des positions complètement différentes suivant l’agencement des notes qui le compose. Certaines notes peuvent être doublées, triplées, omises, reparties sur plusieurs octaves, inversées… mais on entre vraiment dans un autre sujet.

Le gif animé ci-contre vous aidera à visualiser cette transition de D <=> G.

Ce qui est intéressant, c’est que cette technique de doigt-pivot est énormément utilisée dans la pop et le rock. On la retrouve dans de nombreux morceaux, notamment le celibrissime couplet de Wonderwall par les anglais d’Oasis :

exemple enchaînement accord pivot - wonderwall

Vous avez peut être déjà repéré le pivot à la 3ème case, corde de Si. En fait, on peut utiliser au choix l’annulaire (3) ou le petit doigt (4) pour notre appui. Je vous conseille même de travailler les deux positions afin de choisir celle qui vous convient. Chaque accord dure 2 temps, il y en a donc 2 par mesure. Le rythme à la main droite n’est pas ce qui nous intéresse ici, mais je vous conseille un petit tour par là pour approfondir l’aspect rythmique d’un accompagnement.

Les noms un peu compliqués au dessus des diagrammes n’ont pas d’importance à ce niveau, donc pas d’inquiétude si ça ne vous évoque rien. Le travail est concentré sur l’enchaînement des positions à la main gauche, et c’est déjà plus qu’assez quand on débute !

Une autre chanson archi-connue est My Friend des Red Hot Chili Peppers dont le couplet fait usage de l’annulaire en pivot. Un doigt bien pratique finalement !

exemple enchaînement accord pivot - my friend

On finit cette illustration des doigts-pivots avec le fameux Zombie des Cranberries. Avec un peu de disto ça passe super bien vous verrez.

exemple enchaînement accord pivot - zombie

Encore un appui sur la corde de Si à la 3ème case. On s’aidera à nouveau de l’annulaire (3) ou de l’auriculaire (4), exactement comme pour Wonderwall. Par contre, chaque accord dure une mesure complète cette fois. A noter mesure 4, la corde de La est étouffée par l’index qui joue la case 2 sur la corde de Mi grave (le X sur la tablature). Le fait de muter (étouffer en français) une corde avec un doigt reposant sur une corde adjacente est une technique à part entière souvent négligée par les guitaristes. Vous pouvez découvrir le muting dans un billet dédié à cette notion.

3 – Toutes ces techniques tu mélangeras

La plupart des grilles basées sur des accords ouverts font usage d’au moins une de ces astuces. Et même plus, elles sont souvent utilisées conjointement. Prenons la grille du morceau Prayer in C de Lilly Wood & The Prick.

exemple enchaînement accord pivot + shape

Si on détaille, nous avons les enchainements suivants :

  • Am => C : pivots doigts 1 et 2
  • C => G : chord shape doigts 2 et 3
  • G => Dm : rien du tout !
  • Dm => Am : chord shape doigts 1 et 2

A part l’enchainement Sol majeur vers Ré mineur, tous nos changements reposent sur les notions décrites dans l’article.

Même si ça n’est pas systématique, on observe ces mélanges dans un nombre incalculable de grilles, de No Woman No Cry à Californication en passant par Save Tonight. Si vous abordez une suite d’accords qui vous parait difficile, je vous conseille de repérer dans un premier temps les différents pivots et chord shape. Cela facilitera grandement les enchainements.

4 – De respirer tu n’oublieras pas

Je finis avec une dernière astuce qui démontre une fois de plus que les guitaristes sont des fainéants (ou des petits malins, c’est selon).

Lorsque le tempo est plutôt rapide, il ne faut pas hésiter à « sauter un battement » en laissant résonner les cordes à vide, ce qui permet de se laisser un petit temps pour effectuer l’enchainement. Cette « respiration » aura toujours lieu juste avant le changement d’accord, généralement sur la croche qui précède le premier temps de la mesure à venir.

Les rythmiques débutantes étant assez souvent construites sur un débit en croches, il y aura donc 2 coups de médiator sur chaque temps (un vers le haut et un vers le bas). On profitera du dernier coup de médiator de la mesure (celui vers le haut) pour laisser à la main gauche le temps de « reprendre son souffle », si vous me permettez l’expression.

Une vidéo valant mieux qu’un long discours, voici le tout premier exemple (E <=> Am) joué en incorporant ladite respiration.

Et après ?

Et les accords qui n’entrent pas dans ces catégories me direz-vous ? Disons que ce travail entraîne déjà à une certaine forme de visualisation et d’anticipation. Ce sont des concepts clés pour développer la mémoire musculaire qui va, au bout d’un moment, vous permettre de passer d’un accord à un autre sans même y penser. Dites-vous que tous les guitaristes, mêmes les plus grands, sont passés par là.

En espérant vous avoir aider à appréhender ce cap un peu frustrant quand on débute, je vous souhaite bon courage dans votre apprentissage. Rappelez-vous qu’avec un peu de patience et de persévérance, tout fini par renter. Et n’hésitez pas à poser toutes vos questions en commentaire.

Have fun !

A propos de l'auteur : Alexis

A propos de l’auteur : Alexis

Créateur et administrateur de Guitar School Garden. Sur Twitter : @guitarschgarden et @twablatures.

2 commentaires

  • Christophe dit :

    Très bon article.

    Pour ceux qui ont vraiment du mal, vous pouvez « couper », dans un premier temps, les accords en deux, c’est-à-dire ne jouer que les quatre cordes aiguës, travailler les enchainements ainsi, puis rajouter les basses.

    C’est une combine pratique pour y arriver plus vite, et rester motivé, mais dés que vous arrivez à enchainer, entrainez-vous sur les positions complètes, autrement vous ne jouerez que des « morceaux » d’accords.
    C’est utile dans certaines circonstances, mais ce serait dommage de limiter votre guitare à ça. Autant jouer du yukulélé !

  • Arturo sanchezvillares dit :

    Merci sa va surement m aider super cette article

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