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C’est quoi un shuffle ? Le rythme du blues expliqué aux débutants

le 26 juin 2015 Par Alexis

Le blues est souvent une des premières choses qu’un professeur de guitare propose à ses élèves débutants. Ça a été mon cas lors de mon tout premier cours. Or, cette musique est plutôt complexe sous son apparente simplicité. Easy to learn, hard to master comme disent nos amis anglo-saxons. Le blues est accessible de par sa structure : pour faire simple, on utilise 3 accords dans un ordre précis sur une durée de 12 mesures. C’est ce qui en fait une musique idéale pour les « bœufs » car tout musicien avec un peu de pratique connait les enchaînements d’accords du blues.

Ce style demande cependant un peu plus de travail concernant le ressenti, le feel. Faire « sonner » un blues demande d’en écouter beaucoup et de le pratiquer. On ne devient pas Stevie Ray Vaughan ou Joe Bonamassa en seulement quelques mois de pratique. Mais on peut se faire plaisir sur un blues dès son premier cours de guitare.

Cet article s’intéresse à l’aspect rythmique du blues. C’est sa particularité première et fondamentale. Sans avoir compris et « internalisé » le rythme du blues, pas d’improvisation crédible possible. Plus encore, pas de blues tout court, car qui ce sont ses codes rythmiques particuliers qui définissent cette musique.

Mais commençons par le début.

Diviser pour mieux régner

Pour bien comprendre le rythme du blues, il faut distinguer la pulsation binaire et la pulsation ternaire. Pour la pulsation binaire, la durée entre deux battements peut être divisé en 2 parties égales (ou un multiple de 2). La pulsation ternaire est quant à elle divisible en 3 parties égales (ou un multiple de 3).

Le diagramme ci-dessous illustre ce principe avec les points noirs qui symbolisent la pulsation et les points rouges les divisions :

binaire vs ternaire

En fait, si l’on tape le rythme d’un morceau binaire avec son pied, on pourra naturellement diviser cette pulsation en 2 ou 4 parties égales (ou plus si le tempo du morceau le permet). Ecoutez Europa de Santana ou Money For Nothing de Dire Straits par exemple. C’est le type de pulsation le plus répandu dans la musique occidentale.
La pulsation ternaire implique elle une division en 3 parties égales comme indiqué plus haut. On peut citer Hold The Line du groupe Toto (écoutez la partie clavier de l’intro), l’intro batterie sur Walking On The Moon du groupe The Police ou encore La Valse d’Amélie de Yann Tiersen.

Le rythme blues, couramment appelé « shuffle », est issu de cette pulsation ternaire. C’est en fait une division en 3 parties dont on aurait sauté le deuxième battement. On joue juste les divisions 1 et 3 en omettant la deuxième. Le 1 est joué sur le temps, le 3 juste juste avant le temps suivant, ce qui donne cet effet traînant et retardé (to shuffle pouvant se traduire par « traîner des pieds » en français).

explication du shuffle

Un peu de solfège (mais pas trop)

En notation musicale, on utilise le triolet de croches pour noter le shuffle. Cette figure de rythme est la directe application de ce qu’on a décrit plus haut : 3 notes de même durée jouées sur chaque temps. Le shuffle utilise donc ce triolet de croche en sautant la deuxième. Concrètement, cette « croche silencieuse » est marquée avec un demi-soupir, une figure de silence qui a la même durée qu’une croche.

triolets notation

Comme un son vaut mille images, voici 3 exemples joués à la batterie. Le premier est une pulsation binaire, le deuxième ternaire et le dernier un shuffle. La grosse caisse marque le temps et la charleston les divisions.

Ecouter les exemples binaire, ternaire et shuffle :
Ecouter

exemple batterie shuffle

Dans notre exemple à la batterie, notre croche est silencieuse car la charley est jouée en position fermée. Le son est « coupé » et c’est pour cela qu’on utilise une figure de silence. A la guitare c’est un peu différent. On prolonge souvent la première croche de la durée de celle qui suit. Les deux premières croches sont donc liées. Leurs durées respectives s’additionnent. On se retrouve donc avec un premier battement long (équivalent au deux premières croches du triolet) et un battement court (la dernière du triolet).

En pratique, on retrouvera un triolet noire + croche à la place de nos croches liées (une noire valant deux croches) :triolets

Mais les musiciens sont des fainéants (ou des gens intelligents, au choix) et on retrouve très fréquemment l’abréviation ci-dessous en début de partition, au dessus de la première mesure.
swing 8th notation

Cette indication signifie simplement que toutes les croches notées dans la partition seront jouées comme des triolets noire + croche. Des croches shuffle en quelque sorte. L’intérêt est surtout de gagner en lisibilité car les crochets à répétition indiquant les triolets encombrent visuellement la portée. Les deux mesures ci dessous illustrent ce phénomène. Leur rendu sonore sera rigoureusement identique.
le triplet feel

On parle aussi de croches « swinguées », ce qui est une traduction du triplet feel 8th parfois accolé à l’abréviation. Ces croches bien particulières sont accentuées dans le contexte de la musique blues. La première croche du groupe est jouée plus forte que la seconde. Cela imprime la dynamique nécessaire et donne l’impression d’une machine qui avance, un peu à la manière d’une locomotive (musicale).

triplet accent

On perçoit très bien ces accents quand on écoute les batteurs du style. Dans l’extrait audio suivant, la grosse caisse marque tous les temps, la caisse claire marque le deuxième et le quatrième temps de la mesure (le fameux backbeat) et la charleston joue notre shuffle avec un accent prononcé sur la première croche. Le rythme typique du blues à la batterie.

Un shuffle à la batterie :
Ecouter

L’aspect théorique de la rythmique blues devrait être plus clair à présent. Passons à la pratique !

Easy Blues – un shuffle pour débutants

Voici une rythmique blues simple à la guitare qui met en pratique ce que l’on vient de voir.

easy blues - shuffle débutant

La tablature de la vidéo fait usage de l’abréviation triplet feel 8th mentionnée plus haut. Vous avez peut être remarqué les symboles qui remplissent les mesures 2, 3, 4, 6 et 8 (le slash entouré de deux points). Ce signe indique qu’il faut répéter la mesure précédente. On rejouera donc la mesure 1 aux mesures 2, 3 et 4 par exemple. L’intérêt est encore et toujours de gagner en clarté. Si vous souhaitez découvrir d’autres symboles du même type, allez jeter un coup d’œil à cet article.

Sans vouloir rentrer dans les détails et aborder des notions plus complexes, les blues majeurs en 12 mesures possèdent une structure commune qu’on retrouve quasi-systématiquement dans toutes les chansons du style. Cette « ossature » est la suivante :structure blues 12 mesures

Cela signifie par exemple que les phrases rythmiques et mélodiques utilisées dans un blues en La pourront parfaitement être réemployées sur un autre blues de même tonalité. La dernière mesure (mesure 12) est un peu à part et nécessiterait un article à elle toute seule. Elle n’appartient pas vraiment à l’une des 3 catégories et sert en fait à relancer la grille vers la première mesure. Plusieurs techniques existent pour cela, mais ça n’est pas notre sujet.

Le blues est finalement un vaste sujet que vous pouvez continuer d’explorer sur Guitar School Garden.

Have fun !

A propos de l'auteur : Alexis

A propos de l’auteur : Alexis

Créateur et administrateur de Guitar School Garden. Sur Twitter : @guitarschgarden et @twablatures.

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9 commentaires

  • Gilles dit :

    Bonjour,

    J’avais vu cette notation sur plusieurs partitions et je n’en comprenais ni l’origine, ni sa traduction. Çà va m’aider, merci.
    Par contre ce triolet se retrouve-t-il dans les solos ? Je capte bien le rythme blues en général, mais j’ai du mal avec la rythmique solo. J’aurais aimé un article sur ce point. Est-ce possible ?

    Merci.

  • Irielov dit :

    Le soliste, par définition Gilles, choisi sa façon de jouer : syncopé(swing), shuffle(blues) ou légato et alterne donc entre ces manières de lier les notes afin de ne pas être répétitif tout en ayant une constance musicale.

    Cependant il est important de bosser la gamme de blues en shuffle avant de s’attaquer à d’autre méthode à mon avis, quand on débute ce style pour le moins.

    Une fois dans l’énergie d’un bœuf tu verras bien ta fougue diriger ta main va 😉

  • David dit :

    Pourquoi ne pas tout noter en 12/8 ? Ca éviterait de mettre des petits trois partout non ? (je débute, soyez indulgents ! ;))

  • ESCARGUEL dit :

    Y aurai-pas une erreur dans le schéma expliquant la différence entre Binaire et Tertiaire. Sinon tout le reste est nickel. Merci de me dire

  • Alexis dit :

    @David : Hello ! On peut parfaitement noter un shuffle en 12/8 pas de soucis. Dans ce cas tu auras une noire suivie d’une croche (ou une croche + un demi-soupir + une croche à la limite). Il n’empêche que le triplet feel utilisé sur des partitions notées en 4/4 permet de n’utiliser que des croches, ce que je trouve plus simple pour la lecture et l’écriture. On le retrouve donc assez souvent, une recherche « blues shuffle » dans Google images suffit pour s’en convaincre !

    @Escarguel : Salut ! Tu parles du tout premier schéma de l’article ? Il ne me semble pas. A quel niveau ? La pulsation binaire en divise en 2 (ou en multiple de 2), c’est pour ça qu’il y a 1 point rouge entre chaque point noir. Si tu veux les points rouges symbolisent des croches et les points noirs des noires dans ce schéma. Est ce que c’est plus clair ? Il y a une bonne vidéo qui explique tout ça par ici : https://www.youtube.com/watch?v=uil_yKBV0H8

  • Jeremy dit :

    Hello,
    D’abord merci pour ton site! Beau boulot!
    Par rapport à ton article et le terme « shuffle », je n’ai pas rencontré là même signification.
    Ce que tu appelles ainsi, les profs de musique et musiciens que je connais l’appelle « swing ». D’ailleurs sur des partitions on trouve souvent ce terme qui indique que les croches doivent être jouées ternaire. (Ici je parle du swing comme indication rythmique et pas de la sensation « swing » qui inclue également l’accentuation des 2 et 4).
    Ces mêmes professionnels réservent le terme shuffle à autre chose : les doubles croches ternaires avec des croches en binaires. Les croches sont « straight » et les doubles « swing ». Je chercherai des partitions avec cette indication si ça t’intéresse mais on trouve cette rythmique ds le reggae je crois…
    A bientôt
    Jérémy

  • GeRoHi dit :

    Hello,

    J’allais lire l’article et puis j’ai bugué sur Walking On The Moon de The Police, qui serait un morceau ternaire ?
    Pour moi c’est complètement binaire, ça sonne comme un reggae.
    La guitare en contre temps, le chant binaire lui aussi (avec décomposition en doubles) et la basse en croche deux doubles…

    Je suis curieux d’avoir ton avis, il est possible que je débloque, je suis dyslexique du rythme par moments ^^

  • Alexis dit :

    Salut,

    C’est vrai que Walking on the Moon n’est pas le meilleur exemple tu as raison, je pensais surtout à l’intro de batterie (le pattern à la charley). Je vais préciser ça dans l’article. Merci à toi !

  • GeRoHi dit :

    T’as raison pour la batterie, il décompose en 3 sur certains passages !

    Ce qui m’a amené ici c’est un morceau de goldman, « bonne idée » :
    Il semble binaire, et pourtant y’a un petit riff au début qui sonne complètement shuffle, ou swingué, je saurais pas dire.
    Je crois que ça rejoint ce que raconte Jeremy au dessus, avec les croches straight et les doubles swing ! (?)

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